26/08/2008

26/08/08 - 16:11

Les grandes oeuvres de RAS.

J'ai failli signaler le post du jour de RAS à la vigilance des modérateurs. Quelque chose m'a retenu, l'envie de "faire honte à la bêtise" d'abord, puis, écrivant, je me suis ravisé. Je me contenterai de dire ce que je pense.

"Les cathos de 2008 ans de conneries, les juifs de 3000 de servitude et aussi les musulmans un peu moins d'années mais tout aussi cruels et barbares que les autres, rien que de la racaille."

Cons, serfs, cruels, barbares et racailles. Tel est le jugement sans faille que notre ami prononce envers toute personne qui s'attache ou s'est attaché à une religion ou une église.

Et là, je pense au pasteur protestant Martin Luther King - qui n'a jamais séparé son combat de sa foi -, au très religieux Gandhi (allez lire l'article de wikipedia, qui est fort complet) qui a lutté contre l'institution des intouchables, à mère Thérésa ni stupide (grande lectrice de Pascal) ni barbare (à moins qu'on m'ait caché des choses), à Mgr Saliège (qui a écrit une lettre, lue en 1942 dans toutes les églises de l'archevêché de Toulouse, qui disait : "Les Juifs sont des hommes, les Juives sont des femmes. Les étrangers sont des hommes, les étrangères sont des femmes. Tout n’est pas permis contre eux, contre ces hommes, contre ces femmes, contre ces pères et mères de famille. Ils sont nos frères comme tant d’autres. Un chrétien ne peut l’oublier."), je pense aux moines de Tibhirine, assassinés parce qu'ils refusaient autant le prosélytisme que la peur (et au recueil de leurs dernières lettres, qui sont une des plus belles chose que j'ai lu), je pense à l'abbé Pierre, à Frère Roger qui, avant de fonder sa communauté, cachait les juifs et les aidait à passer en zone libre. Je passe sur des exemples plus anciens mais pas moins forts, je passe sur tous les inconnus remarquables que j'ai pu rencontrer ou que je ne connaîtrais pas, je passe sur les théologiens de la libération en amérique du sud, je passe sur Emmanuel Levinas (et ses lectures talmudiques)...

Cons, serfs, cruels, barbares et racailles.

Si ces gens là, auquel j'aimerai apprendre à ressembler un jour, reçoivent un tel jugement, je n'aimerais pas passer devant un tel juge. Et j'aimerais savoir qui peut être acquitté.







Ci-dessous, l'article en question en version intégrale :

"Comment éliminer tous les religieux et leurs religions qui nous pourissent la vie de tout le monde?

"Dieu, dans sa grande sagesse, exaspéré par la cupidité et l'idôlatrie du genre humain lui a infligé les RELIGIONS pour qu'ils 'entretuent jusqu'à la fin des temps."

Les cathos de 2008 ans de conneries, les juifs de 3000 de servitude et aussi les musulmans un peu moins d'années mais tout aussi cruels et barbares que les autres, rien que de la racaille.

-Il ne s'est pas trompé depuis des centaines de siècles et le massacre continue allègrement...de plus en plus.


-Sur GA, c'est étonnant le nombre de pédés débiles qui se refèrent à une religion qui les méprise quand ce n'est pas plus..."

La lacheté humaine n'a pas de limite surtout chez les tafiolles ridicules.

14/08/2008

14/08/08 - 15:24

Lao-Tseu et la publicité.

Depuis quelques temps, j'écrivais un blogue sur la philosophie et la peinture hébergé par over-blog. Sur fond noir, je postais une ou deux reproduction(s) de toiles que je commentais, les liant à des thèmes philosophiques, à des oeuvres littéraires. C'était une sorte de ballade dans le bois de la peinture et d'ailleurs. Je l'avais certes un petit peu abandonné.

Je reçois une alerte mail m'expliquant que quelqu'un a laissé un commentaire sur un article qui traitait, en vrac, de Lao-Tseu, de l'arcane XIII, du couple mystique que forment Shiva et Kali. Je suis le lien jusqu'à mon blogue, et que vois-je s'afficher en couleur, immense et clignotant, sur le fond noir, dans l'ambiance que je voulais feutrée de ce blog ? Une énorme publicité pour un opérateur téléphonique.

Il n'y a pas de morale à cette histoire : si je veux un site où je contrôle ce genre d'aléas, je n'ai qu'à me payer un nom de domaine. L'hébergeur est dans son droit, et fait presque preuve de rationnalité (économique). Mais, choqué par la vision, la puissance de la trivialité jettée au milieu de cet espace que j'aimais à me dire confiné, protégé - comme un souffle de repos et de méditation au milieu d'une journée agitée, j'ai supprimé le blog dans l'instant.

Ainsi passe... tout passe : une respiration, une pensée, un instant.

06/08/2008

06/08/08 - 18:05

Siné nobilitas ?

Je dois avouer que je n'y comprends rien.

J'ai beau lire et relire le texte de Siné, je ne la vois pas, la terrible canaille antisémite qu'on nous décrit.

Et Dieu sait que je trouve le bonhomme horriblement vulgaire et que je ne me distingue pas par mes aspirations anarchistes.

Et lorsque je lis le texte de soutien des 20, qui expose de ce diable qui officie depuis, non pas trente ans comme il est écrit, mais bien plutôt cinquante, que trois misérables dithyrambes de mauvais goût dont une pour laquelle il a présenté ses excuses, je ne peux m'empêcher de trouver que l'acte d'accusation est bien faible. Plus de quarante ans d'outrances de Siné et on ne trouve pas mieux que ça ?

De fait, que nous disent de la phrase de Siné ces "fulgurances" rapportées ? Rien.

Que nous dit cette liste de soutien étrangement disparate, alliant des guignols décolletés à quelques noms de grande envergure ? Pas grand chose, à part, peut-être, la composition d'un réseau.

Je n'ai jamais aimé Charlie, avec ou sans Siné.

Mais je serais bien content que quelqu'un m'explique quelle mouche les a tous piqué.

05/08/2008

05/08/08 - 21:04

Définition improbable


Daniel Franco, tâchant poussivement de montrer qu'Alain Badiou est effectivement antisémite, écrit :

"Je conclus : de manière générale, on traite d’antisémite quelqu’un qui a dit quelque chose au sujet des juifs, quelque chose qui a choqué ou déplu, qui a choqué à tort ou à raison, qui a déplu à quelques-uns ou à tous."

(Libération du 02 août 2008)

27/07/2008

27/07/08 - 12:46

Valeurs actuelles : un monde parallèle.

Valeurs actuelles consacre un article, laudateur, à l'ancien ministre de l'économie Francis Mer. Jusqu'ici, pourquoi pas ? Mais l'article commence ainsi : "Il entre à Bercy au pire moment. Pas de croissance, une dette qui vaut à la France les foudres de Bruxelles, des privatisations à lancer d’urgence pour redonner de l’air à plusieurs entreprises: Crédit Lyonnais, Air France, EDF."

Voici donc le monde mi-2002 selon valeurs actuelles. Etonné de ce sombre bilan qui ne ressemble pas du tout à l'idée que j'avais de l'état de la France à la fin du mandat de Lionel Jospin, je vais chercher les chiffres.

Tout d'abord, la croissance. Un document du ministère des finances de 2003, affirme : "De 1998 à 2002, la croissance a été plus forte en France que dans la zone euro de l'ordre d'un demi-point chaque année. Cet écart s'est inversé fin 2002, et la croissance française serait inférieure d'environ ¼ point à la croissance de la zone euro en 2003 d'après les dernières prévisions de l'INSEE." (1) Donc, si la croissance tendait à baisser, elle restait relativement meilleure que dans la zone euro lorsque Francis Mer est arrivé aux manettes.

Ensuite, la dette publique. On prendra ici comme référence les comptes nationaux de l'Insee. Ceux-ci montrent que la dette publique, en pourcentage de PIB, est restée constante (en fait une baisse de 0,02%) entre 1997 et 2001. A contrario, la dette publique, toujours en pourcentage de PIB a connu une hausse de 0,7% entre 2002 et 2005, époque où Francis Mer était ministre de l'économie.

J'ai toujours eu l'impression que Valeurs actuelles était fait pour un lectorat vivant dans un monde parallèle (ma grand'mère versaillaise, par exemple), de fait, les rédacteurs aussi vivent dans une réalité alternative.


(1) Direction de la Prévision et de l’Analyse Economique, Analyse économique, n°22, décembre 2003, http://www.minefi.gouv.fr/fonds_documentaire/Prevision/dpae/pdf/2003-123-22.pdf

22/07/2008

22/07/08 - 23:34

La France, N°1 européen concernant l'attractivité des entreprises.

Je m'étonne que la nouvelle de cette étude menée par KPMG Canada et qui compare les coûts d'implantation des entreprises dans 136 pays n'aie pas reçue une plus large publicité.

La France est classée quatrième mondiale (derrière les états-unis, le Canada et l'Australie) et première en Europe pour l'attractivité. Elle est classée deuxième mondiale et première européenne concernant le R&D. Paris, en tant que métropole devance et creuse l'écart avec Londres et Francfort.

Cette nouvelle aurait dû faire l'objet d'un satisfecit tonitruant de la droite au pouvoir depuis maintenant six ans. Quelqu'un aurait une idée de la raison pour laquelle cette nouvelle passe inaperçue ?


Erratum : concernant la R&D, la france se classe troisième et non deuxième.

20/03/2008

20/03/08 - 12:52

Le jardin de fleurs

Ne va pas au jardin de fleurs,
Ô mon ami, n'y va pas-
En toi est le jardin de fleurs.
Demeure sur le lotus aux mille pétales et là contemple l'infinie beauté.

Kabir

27/02/2008

27/02/08 - 21:04

Des contradictions d'une justice victimaire.

Le récent projet de loi sur la rétention de sûreté, et ses remous absurdes, n'est au final rien d'autre que la conséquence paradoxale de la tolérance toujours plus grande que nos juges, sous la pression du parquet, accordent aux exigences vindicatives des victimes. Pour les incultes ou les futurs cultivés, vindicatif n'est pas une insulte, c'est l'adjectif formé sur la racine du terme vengeance.

En effet, le nombre de non-lieu psychiatrique n'a cessé de décroître depuis les années 80. Et ce, précisément sous la pression de l'opinion et de la frange droitière de la classe politique, qui ne comprend décidément pas qu'un violeur en série ne soit pas sévèrement puni. "Non, ma petite dame, mais vous vous rendez compte, il en a violé dix, et il n'est même pas en prison, il est à l'hôpital à la place, si c'est pas incroyable !" Ce nombre continue de décroître : les associations de victimes sont très actives, la droite aussi. Il faut dire que c'est dans le fond de commerce.

Or, ces personnes, si elles avaient été l'objet d'un non-lieu psychiatrique, auraient été immédiatement hospitalisées d'office, auraient fait l'objet d'un suivi et d'une surveillance tout à fait équivalente à celle reçue dans ces fameux centres de rétention de sûreté... Entend-on beaucoup parler de récidivistes à la sortie d'hopitaux ? Non, à part le meurtrier de Pau qui n'était pas un récidiviste. Les malades en UMD ne sortent pas ou uniquement lorsque les conditions sont véritablement réunies, ce qui est très rare.

A la place, on les met en prison, dans lesquelles ils n'ont rien à faire, et dans lesquelles on ne peut pas les garder pour l'éternité (alors que le préfet, s'appuyant sur l'avis des spécialistes, peut décider de la prorogation d'une hospitalisation d'office sans limite de temps, la seule considération étant celle de la dangerosité et de l'état de santé mentale de la personne). A leur sortie de prison, on ne peut les hospitaliser d'office, ils n'ont encore rien fait qui le justifiât. Alors ils récidivent, sont rejugés et, pour faire plaisir aux victimes et au parquet, on les renvoie en prison, ad libitum... Les responsables de la récidive ne sont pas les malades, compulsifs et non traités : ce sont dans ce cas les histrions sarkomorphes et les associations de victimes qui font pression sur le déroulement normal de la justice. Ils veulent la vengeance, et ils récoltent la récidive : Ghandi avait raison, la violence engendre la violence.

Voulant absolument que le malade soit responsable, on en est réduit à ressusciter un catégorie que l'on croyait enterrée bien loin : celle du monstre. Le monstre, c'est l'abominable : celui qui fait le mal, pour le mal, libre de ne pas le faire, heureux de s'y vautrer. Et pour ce monstre, il faudra un statut judiciaire d'exception, entre le médical et la prison, au risque de mettre en danger les principes mêmes de l'état de droit en entérinant de fait le principe de l'enfermement post-penae. Par là, on ne règle pas un problème, on s'enferre dans ses contradictions.


A ce propos, ce qui aurait dû scandaliser, c'est l'utilisation par le président du terme de monstre. Mais la bêtification en est à ce point que l'on s'offusque d'un connard, qui ne fait que ridiculiser son émetteur, et que l'on trouve normal que le garant des institutions se laisse aller à créer une catégorie particulière parmi les citoyens et justiciables, catégorie à laquelle il nie l'humanité.

19/02/2008

19/02/08 - 19:55

Il s'est tu.


Le dieu s'est tu, disais-tu, qui habitait notre pierre.
- Il s'est tu. La statue a déserté le socle.
La terre est devenue opaque, la vitre s'est embuée,
la vie s'est engourdie comme le sang des serpents.
L'hiver de Dieu est là.
Mais l'eau qui dort son frêle sommeil dessous la glace solide des rivières,
mais le poisson qui rêve dans le sommeil de l'eau,
les orties orphelines -
qu'attendent-ils sinon la gifle du printemps ?
Eh certes, Dieu s'est tu. Il a fui un visage
dont le gel et la mousse ont fendillé le marbre,
la mobile fourmi s'est logée dans ses yeux,
le vent siffle à travers ses lèvres ébréchées
- mais renoncerons-nous à l'aimer, à le craindre,
à le chercher sur terre et plus loin que la terre
et pourrions-nous dormir tant qu'il sera absent,
aimer tant qu'il sommeille,
mourir pendant qu'il n'est pas là ?

- Dieu est mort, disais-tu. Il se peut. Que de choses
mortes déjà, qui pèsent si lourd sur notre foie.
Que d'années, que d'arbres et que de souvenirs
morts, que de terres d'amour et de cheveux
de femmes ! Et cependant quel sot s'est réjoui
de cela ? Et quel fou penché sur un automne
périssable et déjà périssant, sur un être
mourant et déjà mort, ne s'est point agrippé
à ce cadavre qui fut vie ?

Quel insensé qui n'ait voulu sauver fût-ce
qu'un peu de ce crépuscule, une poignée d'odeur,
quelque absurde soulier d'une ombre
et qui peut rire, rire de ce que l'Eternel
lui-même meure ?

Benjamin Fondane, in L'exode.

17/02/2008

17/02/08 - 10:00

Le Roundup, ou l'amiante du jardinier.

Information à diffuser le plus largement possible :

Robert Bellé, professeur à l'université Pierre et Marie Curie, affirme que le désherbant, utilisé par presque tous les jardiniers amateurs, est cancérigène. Après avoir testé l'effet respectif d'un cancérigène très puissant et du composant principal du Roundup, le glyphosate, sur la division des cellules, il a constaté que les deux produits produisaient le même effet.

Il affirme : "Jusqu'à une période récente, je disais que le Roundup était potentiellement cancérigène, maintenant je dis que le roundup est cancérigène. Et ce sur la base de mes résultats et sur la base de l'ensemble des résultats de la communauté scientifique sur les mécanismes à l'origine des cancers."

Robert Bellé affirme par ailleurs que personne ne communique ni ne semble vouloir communiquer sur ce sujet, comme ce fut le cas pour l'amiante en son temps, alors que les effets cancérigènes du produit étaient bien connus. Pire, il remarque qu'il est très difficile d'obtenir des budgets de recherche concernant les produits de la firme américaine Monsanto, dont plusieurs produits ont provoqué des catastrophes écologiques ou ont posé de graves problèmes sanitaires.

Certaines études montrent par ailleurs que le glyphosate agit sur les cellules placentaires humaines et irait jusqu'à multiplier par deux le nombre des avortements tardifs. Le glyphosate, inventé par la firme Monsanto, est maintenant utilisé dans beaucoup de pesticides différents.

Les personnes intéressées par l'industrie agro-alimentaire connaissent bien les pressions dont sont l'objet les scientifiques ou journalistes qui veulent enquêter sur ce qui attérit dans nos assiettes (procès en diffamation mettant en cause la forme prétendument diffamatoire d'articles scientifiques (!), d'enquêtes journalistiques, etc. ). Par ailleurs, la firme Monsanto, qui commercialise le Roundup, a été condamnée l'an dernier pour publicité mensongère après avoir affirmé que Roundup était biodégradable.


Sources :

Rue 89, Quand Monsanto sème la terreur ;
Brest ouvert, Le glyphosate hautement cancérigène : telles sont les conclusions de 6 années de recherche du professeur Robert Bellé de la station biologique de Roscoff (29) ;
Savitz DA, Arbuckle , Kaczor D, Curtis KM. Male pesticide exposure and pregnancy outcome. Am J Epidemiol 2000, 146, 1025-36

07/02/2008

07/02/08 - 14:12

Un grand soleil réel qui me baisait la bouche


J'ai marché derrière quelqu'un - et ce n'était pas Lui.
Ce n'était pas une vraie rue,
une rue qui tout à coup se jette dans une autre
et celle-ci à son tour
dans une rue de plus en plus grande
- et soudain le bal des lumières jaillit de toutes parts...

Je marchais, je craignais que ce ne fût pas Lui :
ce n'était pas une présence,
une vie qui tout à coup s'écoule dans une autre
et celle-ci à son tour
dans une vie inconnue de plus en plus brûlante
- et soudain cet affreux effondrement, l'Amour...

Il avançait toujours - et ce n'était pas Lui.
Je le suivais. J'étais à deux pas de son ombre.
C'était une poursuite lente
si lente et en dehors du temps
que l'aube tout à coup étala ses marais
et que l'on étrangla des coqs, qui éclatèrent
au centre du soleil

un grand soleil réel qui me baisait la bouche.


Benjamin Fondane,

Radiographie XI, in Titanic, in Le mal des fantômes.

02/02/2008

02/02/08 - 20:15

Citation du soir :


"Ce qui retient Dieu d'envoyer un second déluge, c'est l'inutilité du premier."

Chamfort, Maximes et pensées.

29/01/2008

29/01/08 - 18:21

Citation du soir :


"J'appelle Idée tout ce au nom de quoi on fait tuer les nègres par les blancs, les juifs par les allemands, les communistes par les bourgeois, les trotskystes par les communistes, les catholiques par les mexicains, les protestants par les catholiques, l'homme par l'homme. Je ne connais pas d'Idée qui n'ait au moins cent mille meurtres sur sa conscience."

Benjamin Fondane, Rimbaud le voyou.

29/01/08 - 09:09

Citation du matin

"Tout est désormais dans l'ordre : Rimbaud mort, son oeuvre est venue enrichir le patrimoine national, l'insoumis se trouve avoir sa statue, la vie la plus singulière qui soit a fini par servir et le voici, sans appel, rangé, classé, blanchi, par les soins mêmes de cette vieille putain, l'Histoire."

Benjamin Fondane, Rimbaud le voyou.

26/01/2008

26/01/08 - 21:36

Citation du soir :


"Un journal qui appartient à de riches managers n'a pas à être lus par des gens qui ne sont ni riches, ni managers"

Alain Badiou

26/01/08 - 20:33

Jacques Diouf, humoriste.

Ce bon monsieur affirme fort sérieusement dans le monde que "L'eau et l'alimentation seront la source de conflits potentiels."

Car bien sûr, l'eau et l'alimentation ne sont pas la source de conflits actuels. Non, non.

18/01/2008

18/01/08 - 15:33

Fischer, l'élégance défaite.



Il est difficile, lorsqu'on n'est pas joueur d'échec, de se figurer ce que peut-être le style d'un joueur. On peut se questionner sur ce que peut-être une belle partie, un beau coup, une solution élégante à un problème échiquéen. Et pourtant chaque grand joueur, et plus d'un petit, a un style. Fischer aujourd'hui décédé avait dans son jeu cette même élégance dégingandée, cette même esthétique défaite et angulaire qui caractérisait sa personne lorsqu'il marchait, lorsqu'il parlait, lorsqu'il pensait.

Il est difficile de s'imaginer à quel point il était capable de sortir de l'ordinaire, de produire des situations inédites, de déstructurer le cours souvent très normalisé des parties de très haut niveau. Il apportait un désordre pensé, un déséquilibre constant, marchant sur le fil de la pugnacité.

Il me semble que les véritables artistes, comme on pense à Rimbaud, à Baudelaire, à Chamfort, ces gens hantés et complètement donnés à leur passion, ces créateurs au sens propre, acharnés, on n'en trouve nulle part autant aujourd'hui que chez les joueurs d'échecs, où l'excellence ne s'acquiert qu'avec une intensification étonnante de l'idiosyncrasie.

Avec Fischer, ce n'est pas un joueur, un paranoïaque, un combattant que nous perdons, mais ce qu'il restait d'un artiste qui depuis longtemps avait arrêté de créer.

08/11/2007

08/11/07 - 13:31

Les possédés

J'écris ceci alors que le temps presse pour mille occupations plus urgentes, mais il faut bien que je le note. Je croise, à la sortie du train, une sectatrice de l'église des saints des derniers jours, jeune fille bien mise, presque élégante si l'on omet ses joues bien roses, qui lui donne cet air un peu terrien et gauche d'américaine en goguette sur le vieux continent.

Entre mille chose d'une discussion théologique que je vous épargnerai, elle répétait ceci : "je ne peux pas vous convaincre, mais je sais que c'est la vérité", "je sais que c'est la vérité", "je sais que c'est la vérité". Et ses yeux de jeune fille qui déjà s'était quelque peu prise d'affection pour moi semblaient me supplier et surtout supplier Dieu de me convertir, pour m'éviter les flammes de l'enfer dont elle n'avait vraiment pas l'impression que je les méritât si j'en croyais son insistance attentionnée.

"Je sais que c'est la vérité". Et moi de lui répondre : on ne possède pas la vérité, mais la vérité, parfois, nous possède. Elle n'était pas du tout génée par cette idée, bien persuadée d'être elle-même possédée, d'être du seul et unique clan de ceux qui sont possédés par Dieu : encore un autre Verus Israël... Et c'est là, repensant à cette phrase de Platon sur la vérité que je citais plus haut sans guillement ni source (et non, ce n'est pas de moi... mais plus d'un a dû reconnaître le pillage), que je pensais à la transe et à la possession. En effet, dans le Phèdre, pour ne prendre que cet exemple, Socrate est possédé, il entre en transe et il fait un discours sur la beauté et sur l'amour. Simple procédé narratif ?

Mais comment ignorer que Socrate, au moment où il dit la vérité, cette vérité qui n'est pas de lui et qui lui échappe, est aboli dans son individualité, qu'au moment où il est véridique, il ne peut plus, précisément, se targuer d'être véridique, lui qui n'a fait que professer son ignorance. On ne peut être possédé et le savoir. On ne peut pas être de la vérité et être persuadé d'en être. S'il n'y a pas époché la plus complète sur le domaine précis de ce que l'on croit, il n'y a ni savoir, ni foi, mais vulgaire croyance. On ne peut posséder de vérité qui ne nous dépossède, qui précisément nous dépossède d'elle-même et nous rejette loin, pauvre, ignorant, faible, doutant, dernier, mais, à notre insu même : lumineux.

05/11/2007

05/11/07 - 09:49

Repentance. Repentir.

Repentance, quel mot étrange, mélé de repentir, de remontrance, qui sonne comme une maladie, voire plutôt comme un vice. On y lit aisément cette pente, dont on a tôt fait se méfier. On y entend cette tendance, qui du fait de la sonorité a quelque chose de reptilien et de glissant : repentance est proche de reptation. La repentance est donc là, prête à se glisser dans vos âmes et dans vos discours, tapie, attendant la première occasion. C'est donc la charge de nos nouveaux chevaliers de lumière que de répandre la bonne nouvelle d'une France lumineuse, faisant fuir sous la roche et la honte le sentiment lui-même le plus dur à porter, ce sentiment d'humiliation coupable qui appelle, non la repentance, mais le repentir.

Car tout de même, on m'accordera que le mot repentir, qui désigne la même chose, est mille fois plus courant. Mais le mot repentir est actif, c'est un verbe substantivé, une action. Il n'y a rien dans ce mot de si adéquatement reptilien (il y manque ce s à la fin du mot qui lui donne des allures d'animal à langue bifide) pour celui qui voudrait le combattre. Il porte même des connotations positives : repentir, c'est partir, partir par un autre chemin, qui est le sens exact du mot conversion. Après les errances dans les ténèbres, le repentir permet de repartir, vers la lumière et vers le bien. Mais qui, même sans la sonorité glissante et humide de la repentance, même en travaillant sur le sens et les connotations positives de celui-ci, pourrait être médiatiquement assez suicidaire pour plaider aujourd'hui pour le repentir ?

Et d'ailleurs, il s'y tromperait bien, celui qui voudrait croire que le repentir est ici visé. Un discours politique est comme un antiquaire négociant chez un brocanteur : il fait semblant de s'intéresser à une cruche médiocre mais ancienne, pour au dernier moment obtenir au rabais une peinture qu'il a trouvée dans un coin, dont le possédant ignore tout et qui est en fait le véritable objet de son lucre. Il fait passer l'essentiel pour accessoire et l'accessoire pour l'essentiel. La repentance, tout le monde s'en fiche, ce qui est visé là, c'est de réintroduire ce que L-F Céline appelle dans son voyage au bout de la nuit "la religion drapeautique".

" Elle n'est pas si laide la France, madame, elle est très belle. " On connaît la suite, il s'agît de désigner implicitement qui est français et qui ne l'est pas : sont français ceux qui appartiennent à la France de Poujade, les petits commerçants, les paysans, tous ceux qui ne connaissent de la fiscalité française que le seul principe - à combattre - de l'impôt, ceux qui travaillent, qui se lèvent tôt, etc. ; ne sont pas français : les gens de gauche, les techniciens - rebaptisés technocrates (car il y a de la crasse dans technocratie), les fonctionnaires, les intellectuels, les voyous, en somme, les contradicteurs. Et toute l'antifrance d'être frappée -par le miracle de l'arme réthorique- de cette maladie honteuse, de cette vérole politique, voire même, plutôt que d'être frappée, d'être révélée dans son être, un être qui n'est rien d'autre que l'abominable repentance.

Il serait assez intéressant d'étudier l'économie de la francité dans les discours de l'équipe entière de notre nouveau président. On lui découvre d'étonnantes qualités : on apprend par exemple que d'avoir des grands-parents naturalisés français, des parents français, en étant soi-même né en France et français de plein droit n'est pas suffisant : on n'est encore qu'un "immigré issu de la troisième génération" (propos de campagne tenu par l'actuel ministre l'immigration). On se demandera donc avec raison ce qu'il faut pour être français... Cela exigerait de plus longues analyses. Qu'on se contente de se dire que ce dispositif est construit de telle sorte que l'on ne puisse se tourner que vers une seule personne pour trouver la réponse. Et cette personne, Monsieur Sarkozy, a tranché : il suffit de voter pour lui.

08/10/2007

08/10/07 - 23:03

Contribution :

"Si c'est pour endurer les mêmes souffrances, si c'est pour être voués à la même mort concertée que nous avons été créés, pourquoi nous avoir donné des lèvres, pourquoi des yeux et une voix, pourquoi une âme et un langage différent ?"

Edmond Jabès, Le livre des questions.